RISQUES ROUTIERS

I — Contexte et demande de l'entreprise

Une entreprise de services gérant un grand nombre de commerciaux itinérant constate une dégradation des indicateurs de santé les concernant : accidents du travail à répétition, arrêts maladie, absentéisme, ainsi qu’un climat social de plus en plus dur. Une enquête conjointe de la médecine du travail et du CHSCT permet d’identifier une cause principale expliquant cette dégradation : les risques liés aux longues conduites en voiture, notamment dans la région Ouest.

Après avoir consulté les instances représentatives du personnel, il est décidé de lancer un vaste plan santé au travail, spécialement construit pour ce contexte particulier des vendeurs qui conduisent beaucoup dans le cadre de leur activité professionnelle.

Le plan ‘conduicool’ articule plusieurs modules en fonction de la situation particulière du collaborateur. Les spécificités identifiées sont les suivantes :

Risques physiques : les vibrations du véhicule auxquelles sont exposés les salariés peuvent favoriser la survenue de douleurs au niveau de la colonne vertébrale. S’ajoutent également le bruit qui induit un risque de perte auditive, la fatigue visuelle et l’exposition à de fortes températures.

Risques liés aux postures : la position sédentaire expose à des risques connus : les TMS concernant principalement le cou, les épaules, le dos, ou bien les maladies cardio-vasculaires et digestives...

Risques psychosociaux : On peut distinguer le stress liés aux contraintes professionnelles difficiles de la fonction commerciale (organisation du travail, respect des délais, atteinte des quotas de vente) et le stress de la conduite lui-même (vigilance, conditions de trafic ou météorologiques…). Conduire au travail expose les collaborateurs au stress chronique avec ses conséquences sur la santé. Il faut également considérer le risque de violence ou d’agression lié à l’usage de la route, surtout dans les agglomérations. S’ajoutent aussi la violence de certains clients parfois.

Dommages corporels en cas d’accidents de la route : La route est la première cause de décès au travail. Les conséquences physiques peuvent être extrêmement graves : handicap, lésions internes, lésions cérébrales... L’entreprise fait face à quelques accidents graves qui invalident certains collaborateurs, ce qui a des répercussions sur le moral des autres collaborateurs.

II — Démarche

L’entreprise décide d’organiser un séminaire pour sensibiliser ses collaborateurs sur les risques liés à la conduite automobile et les former à la prévention de base.

La version de base du séminaire se déroule sur 2 heures. Elle peut être enrichie sur une période plus longue dans la journée en fonction de la disponibilité des collaborateurs et des contraintes de travail (lieu, astreinte, ...)

Le déroulé du séminaire est séquentiel.

Un premier temps est réservé aux conférences. Il dure 1 heure. Il est suivi par un temps d’animations qui dure lui aussi 1 heure. Le salarié choisit la conférence qui l’intéresse et le concerne. L’entreprise ajuste les conférences en fonction des caractéristiques métiers et des exigences professionnelles des participants.

Le deuxième temps est réservé aux ateliers pratiques et aux programmes de prévention

2.1 Conférences

Trois conférences sont proposées. Une conférence inaugurale d’une durée de 30 minutes, suivie de 2 conférences de 15 minutes.

La première conférence a pour objectif d’introduire les participants aux risques routiers. L’intervenant spécialiste de la question reprend l’historique de la sécurité routière (comment les règles sont apparues pour la sécurité de tous : alcool, vitesse, fatigue, ceinture), puis aborde les thèmes de la sécurité du véhicule, la gestion des déplacements (approche basée sur le comportement de chacun au volant, le rapport humain à sa voiture et à sa conduite), l’organisation et le risque routier (contraintes de la route, code...) et les règlementations en cours et à venir (permis, code).

La deuxième conférence aborde le thème de la maîtrise du stress au volant, qui est lié aux difficultés de la conduite quotidienne (embouteillages, accidents...). L’intervenant analyse les causes exactes du stress (retard, ennui, sentiment d’impuissance...), enseigne comment dédramatiser les situations stressantes au volant et donne des outils pour prendre de la distance (chercher des solutions, tirer des leçons). Les participants apprennent à se relaxer en voiture. Puis, le conférencier traite le sujet de la gestion du sommeil comme levier pour une conduite plus sécurisée (respecter ses rythmes biologiques, savoir récupérer rapidement, ...). Les participants sont ‘armés’ pour dépasser la peur de conduire ou la peur de reconduire après un accident (analyse de la problématique manque de confiance en soi, phobie de la voiture, stress post traumatique).

Les thèmes couverts sont aussi :

  • la gestion du sommeil (horloge biologique, cycles du sommeil, activité cérébrale)
  • l'endormissement au volant (identifier les signaux de perte d'attention)
  • la récupération grâce aux micro-siestes (technique de relaxation)

La troisième conférence traite du thème de la nutrition : une attention à son alimentation pour une conduite plus sécurisée.

Les sujets évoqués sont :

  • la maîtrise de son alimentation afin de diminuer les facteurs de risques de baisse de vigilance au volant,
  • l’organisation de son alimentation pour une plus grande sécurité des longs trajets en voiture
  • la promotion d’une bonne hygiène alimentaire permettant l’attention optimum au volant
  • l’initiation à la chrono alimentation pour une meilleure qualité de sommeil, essentiel pour l’attention diurne au volant
  • la pratique de la micro nutrition pour améliorer la qualité de sa conduite automobile
  • la sensibilisation aux problèmes liés aux addictions (alcool, tabac et autres drogues) pour sécuriser la conduite.

2.2 Simulateurs

Plusieurs simulateurs sont proposés aux collaborateurs. Certains sont installés à l’intérieur et d’autres à l’extérieur de l’entreprise, en fonction de leur taille et du mode de leur fonctionnement.

a) Simulateurs auto et moto

Les simulateurs auto et moto ont pour objectif de sensibiliser les collaborateurs à un risque particulier de la conduite, avec mise en situation : les défauts de conduite des conducteurs, les limites physiques avec le réflexomètre (distances d’arrêt et du temps de réaction), etc... Le DRH les installe dans le hall central du siège de la société. Chaque collaborateur qui traverse le hall est incité à s’inscrire à l’atelier de son choix.

L’atelier débute par un exposé théorique du risque étudié. Puis, un par un, les collaborateurs expérimentent le simulateur et/ou le réflexomètre, pour évaluer, entre autres, leur temps de réaction.

Un appareil d’ergovision installé près du réfectoire permet de prendre conscience des implications de la vue sur la conduite (il est possible de dépister les problèmes de vue pour ceux qui le souhaitent).

b) Testochoc

Il s’agit d’un appareil qui simule un choc de voiture à 10km/h. Attention, cette animation nécessite un environnement d’installation spécifique.

c) La voiture tonneaux

Un appareil simule la nécessité du port de la ceinture à l'avant comme à l'arrière.

d) Conduite, alcool et médicament

L’objectif de l’atelier est de mettre en évidence les conséquences de l’absorption d’alcool et de médicaments sur la conduite, de façon ludique et concrète et de faire prendre conscience de la réalité des effets de l’alcool et des médicaments au volant

L’atelier débute par une démonstration avec support informatique sur la prise d’alcool et de médicaments et leurs conséquences sur l’organisme et la conduite. Les animateurs s’attachent principalement à lutter contre les idées reçues des visiteurs.

Les participants sont ensuite invités à expérimenter un état artificiel d’ébriété, grâce aux lunettes d’alcoolémie.

2.3 Programmes de prévention

a) Prévenir des TMS au volant

La conduite automobile génère une fatigue physique sur l’ensemble du corps: visuelle, cervicale, des épaules, des bras, des poignets, du dos, des jambes, qui entraîne des situations d’inconfort affectant le rendement et la qualité de vie du collaborateur. Il est généralement admis que l'inconfort lié à une station assise trop longue dépend essentiellement de trois facteurs : la contrainte posturale (posture), le niveau de force à appliquer (force), la durée (statique ou répétitive) et l’attention. La médecin du travail a déjà repéré de tels problème dans la population de la région centre qui passe en moyenne plus de temps au volant (distances plus longues) que le reste de la population des commerciaux de la société.

L’objectif de la formation est de permettre aux participants d’avoir à disposition une série d’exercices simples pour prévenir les troubles multiples dues à leurs positions assises au volant. Des conseils transmis leur permettent de préserver leur intégrité physique, malgré les heures passées dans leur véhicule.

b) L’éco-conduite

Le stage eco-conduite permet d’enseigner la théorie sur l’ensemble des facteurs ayant un impact sur la consommation de carburant et l’émission de polluants, au cours de formations avec des exercices et mise pratique des apports théoriques par le biais ludique du simulateur auto.

c) La sécurité routière pour les seniors

L’entreprise a vu ses 5 dernières années la proportion de ses commerciaux âgés s’agrandir. C’est pourquoi, elle organise un stage « Senior Sécurité Routière » qui a pour objectif de sensibiliser les commerciaux âgés aux risques routiers spécifiquement liés à leur âge, afin de rendre plus confortable leur quotidien et d’améliorer leur mobilité. En les rassurant et en les sensibilisant aux risques routiers, l’entreprise cherche à déculpabiliser les Seniors, à leur donner des conseils pour leur sécurité et celle des usagers.

III — Impacts

Le CHSCT a évalué le plan 2 ans après sa mise en route. Les principaux éléments du rapport mentionnent :

  • une diminution des coûts matériels (flotte de véhicule, prime d’assurance...)
  • une amélioration du climat social au sein de l’entreprise et un apaisement de la gestion des ressources humaines (plus de bien être au travail, diminution des conflits de l’ordre juridique dans les relations du travail, fidélisation des collaborateurs les plus touchés, changement positifs de l’ambiance de travail selon le directeur commercial)
  • un ajustement précieux au cadre politique et réglementaire de plus en plus strict qui soumet l'employeur à des obligations multiples :
    • obligation générale de santé et sécurité envers ses salariés : il doit organiser la prévention et planifier sa démarche en vue de l'amélioration continue des situations de travail (évaluation des risques professionnels, Document Unique...)
    • l’obligation de sécurité de résultat : la responsabilité civile de l’employeur peut être engagée si celui-ci ne peut pas faire la preuve qu’il prend correctement en charge le problème de santé/sécurité et qu’il met en place une politique de prévention cohérente, suivie et contrôlée.
  • une adéquation avec les priorités nationales : La sécurité routière est considérée comme un problème de santé publique, un enjeu national dont la lutte est considérée comme prioritaire par les pouvoirs public

La route est la première cause de décès au travail avec environ 23% des accidents mortels. En 2007 plus de 20 000 accidents du travail dus à des accidents de la route : dont 2500 ayant entrainé une incapacité permanente et plus de 140 ayant été mortels

La durée moyenne d’un arrêt de travail suite à un accident de la route est de 70 jours (la moyenne pour l’ensemble des accidents de travail est de 50 jours)

Bien@Work | Études de cas

Autres exemples d’interventions

Diagnostic RPS
Violence, Incivilités
Équipe en crise
Accident du Travail
Médiation
Accompagnement personnalisé
Fermeture d’un site
TMS / Lombalgie
Risques Routier
Les Seniors
Absenteisme